Le REER de conjoint et le fractionnement du revenu avant 65 ans
Par Luigi PooleMis à jour le
Le REER de conjoint permet au conjoint le mieux payé de réclamer la déduction pendant que l'autre détient le régime et paie l'impôt au retrait. Mis en place assez tôt, il égalise deux revenus de retraite : le ménage paie deux taux bas plutôt qu'un taux élevé.
Un REER de conjoint, c'est un seul compte auquel deux personnes sont rattachées. Un conjoint cotise et réclame la déduction contre ses propres droits; l'autre détient le régime, choisit les placements et paie l'impôt sur chaque dollar qui en sortira. Rien ne change dans la façon dont l'argent croît à l'abri de l'impôt. Ce qui change, c'est la déclaration de revenus où le retrait atterrira, dans vingt ou trente ans.
Ce simple réaménagement vaut de l'argent réel, parce que l'impôt se calcule par personne et que les taux montent à mesure que le revenu augmente. Deux personnes qui touchent des revenus modérés paient moins d'impôt au total qu'une seule personne qui touche leur somme, et l'écart se creuse à mesure que le revenu de retraite du ménage penche d'un seul côté. Le REER de conjoint est l'outil qui corrige ce déséquilibre à l'avance — très à l'avance, puisque le solde qu'on cherche à partager n'est pas encore accumulé.
Deux revenus modérés valent mieux qu'un gros
Les tranches et les taux sont révisés chaque année : utilisez les vôtres. La forme de la réponse, elle, ne dépend pas des chiffres exacts. Prenons une échelle combinée fédérale et provinciale à titre d'illustration — 20 % sur les premiers 50 000 $ de revenu imposable, 30 % sur la tranche suivante de 50 000 $, 43 % au-delà — appliquée à un ménage qui décaissera 90 000 $ par année à la retraite.
| Répartition des 90 000 $ | Impôt, conjoint au revenu élevé | Impôt, conjoint au revenu modeste | Impôt du ménage | Taux effectif |
|---|---|---|---|---|
| 90 000 $ / aucun | 22 000 $ | aucun | 22 000 $ | 24,4 % |
| 60 000 $ / 30 000 $ | 13 000 $ | 6 000 $ | 19 000 $ | 21,1 % |
| 45 000 $ / 45 000 $ | 9 000 $ | 9 000 $ | 18 000 $ | 20,0 % |
Quatre mille dollars par année, pour des dépenses identiques, pendant toute une retraite — appelons ça cent mille dollars sur vingt-cinq ans. Et c'est avant de compter l'impôt de récupération de la SV, qui s'évalue sur le revenu net de chaque conjoint pris séparément : deux revenus modérés passent bien plus facilement sous le seuil qu'un seul gros.
Lisez la ligne du milieu attentivement, par contre. Déplacer les premiers 30 000 $ a fait économiser 3 000 $; déplacer les 15 000 $ suivants n'en a fait économiser que 1 000 $. Presque tout le gain vient du fait de sortir le second conjoint de zéro et de lui faire traverser les taux les plus bas. Courir après les derniers milliers de dollars de déséquilibre justifie rarement qu'on tord un plan.
La mécanique, précisément
Quatre points répondent à presque toutes les questions sur le fonctionnement de ces régimes.
Les droits appartiennent au cotisant. Une cotisation de conjoint utilise les droits du conjoint le mieux payé et n'en crée aucun pour le rentier, qui conserve les siens intacts et peut continuer de cotiser à un régime personnel en parallèle. Le total des droits du ménage reste inchangé.
La déduction appartient aussi au cotisant, à son taux marginal, l'année de son choix. Cette partie se comporte exactement comme une cotisation ordinaire : l'avantage à court terme est identique, et l'avantage à long terme s'ajoute par-dessus.
La propriété appartient au rentier. C'est lui qui détient le compte, dirige les placements, désigne le bénéficiaire et décide du moment du retrait. Il s'agit d'un véritable transfert de patrimoine, pas d'une étiquette comptable, et ça vaut la peine d'en être conscient avant d'en ouvrir un.
La limite d'âge suit le rentier. Les cotisations sont permises jusqu'à la fin de l'année où le rentier atteint 71 ans, même si le cotisant est plus âgé et que son propre régime est déjà converti. Un retraité dont le conjoint est plus jeune et qui a des droits reportés peut donc continuer de déduire bien après la date où la plupart des gens croient la porte fermée.
La règle des trois ans, et comment ne pas la déclencher
Il y a un piège, et il existe pour empêcher l'abus évident : cotiser, déduire à un taux élevé, puis faire retirer l'argent par son conjoint le mois suivant à un taux bas.
Si le rentier retire d'un régime de conjoint, et que le cotisant a versé de l'argent dans un régime de conjoint quelconque en sa faveur pendant l'année du retrait ou l'une des deux années civiles précédentes, le retrait est attribué au cotisant — imposé dans sa déclaration, jusqu'à concurrence du total de ces cotisations. Ce qui dépasse ce total est imposé au rentier, comme prévu.
Deux détails causent la plupart des accidents.
On compte des années civiles, pas des mois écoulés. Une cotisation faite fin décembre a un an révolu le premier janvier. Verser la dernière cotisation de conjoint vers la fin d'une année civile plutôt qu'au début de la suivante achète près de douze mois d'horloge gratuitement.
La déduction des soixante premiers jours ne déplace pas l'horloge. Une cotisation versée en février et déduite contre l'année d'imposition précédente commence quand même sa période d'attribution dans l'année civile où elle a réellement été versée. Les gens présument que l'année de la déduction et l'année d'attribution sont la même. Elles ne le sont pas, et la présomption coûte un an.
La règle pratique est simple : cessez de cotiser au régime de conjoint trois années civiles avant que le rentier prévoie y puiser, et si la date de retraite bouge encore, cessez plus tôt. Arrêter trop tôt coûte seulement ceci : le conjoint le mieux payé cotise à son propre REER à la place, ce qui n'est presque pas un coût.
Une conséquence administrative en découle : gardez le régime de conjoint dans son propre compte, distinct du REER personnel du rentier. Tout retrait d'un régime ayant reçu des cotisations de conjoint est soumis au test, alors les mélanger impose aux cotisations personnelles de votre conjoint un délai d'attente dont elles n'avaient aucun besoin.
Faites vos calculsFractionnement du revenuLe fractionnement du revenu de pension n'a pas rendu ceci inutile
Depuis l'arrivée du fractionnement du revenu de pension, une opinion répandue veut que la question de la propriété ait cessé d'importer : on attribue jusqu'à la moitié de son revenu de pension admissible au conjoint dans la déclaration, chaque année, et le déséquilibre se règle tout seul. C'est vrai les années où le mécanisme s'applique, et il y a trois brèches importantes où il ne s'applique pas.
Les retraits d'un REER ne sont jamais un revenu de pension admissible, à aucun âge. Pour fractionner de l'argent enregistré dans une déclaration, il doit arriver sous forme de versement d'un FERR ou d'une rente, pas de simple retrait d'un REER.
Le revenu d'un FERR ne devient admissible qu'à partir de 65 ans. Prenez votre retraite à 58 ans et vivez de votre épargne enregistrée pendant les années de transition : il n'y a rien à fractionner — précisément pendant la période où le revenu du ménage penche le plus d'un côté, puisqu'une personne a cessé de gagner sa vie et que l'autre ne l'a peut-être pas fait. C'est l'argument le plus fort en faveur du régime de conjoint, et celui qu'on oublie le plus souvent dans la comparaison.
Enfin, le fractionnement est un choix annuel, pas une structure. Il suppose que les deux conjoints produisent une déclaration, qu'ils sont toujours conjoints, et que la mesure survit sous sa forme actuelle. Le REER de conjoint, lui, a déjà déplacé la propriété : rien n'a besoin d'être choisi plus tard pour qu'il fonctionne. Là où les deux se recoupent vraiment — les deux conjoints ont plus de 65 ans et touchent un revenu de FERR — le choix annuel est plus simple et le régime de conjoint n'ajoute rien. Le fonctionnement du fractionnement du revenu de pension couvre ce versant de la frontière.
Établir la cible
Égaliser le revenu de retraite exige de prévoir les deux revenus de retraite, pas seulement les comptes enregistrés. Les régimes de retraite d'employeur, les rentes du RPC ou du RRQ (qui suivent l'historique de cotisation de chacun et constituent souvent le plus gros déséquilibre intégré d'un couple), les portefeuilles non enregistrés, les revenus locatifs et le REER personnel du rentier appartiennent tous au total. Additionnez ce que chaque conjoint prévoit recevoir sans aucune cotisation de conjoint; l'écart entre les deux, ramené à sa valeur actuelle compte tenu de la croissance, correspond à peu près à ce que le régime de conjoint devrait viser à détenir.
Puis reprenez l'exercice tous les quelques années. Une promotion, le rachat d'un régime de retraite, un retour au travail après une absence ou un héritage déplacent la cible, et un plan calibré sur une prévision vieille de dix ans a tendance à dépasser la mesure. La fonte du REER et le régime de conjoint s'attaquent au même problème par les deux bouts — l'une vide un régime devenu trop gros dans un seul nom, l'autre l'empêche de le devenir — et la mécanique du REER lui-même s'applique sans modification à un régime de conjoint.
Les autres façons de fractionner dans un ménage
Tout n'a pas besoin de passer par un régime enregistré.
- Remplir le CELI du conjoint au revenu modeste avec l'argent de l'autre. L'argent donné à un conjoint pour qu'il l'investisse voit normalement ses revenus attribués au donateur; un don servant à garnir un CELI, non, parce que les revenus gagnés dans un CELI ne sont attribués à personne. C'est le fractionnement le plus propre qui existe, et il ne traîne aucun délai d'attente.
- Payer les dépenses du ménage à même le revenu du conjoint le mieux payé. Si la paie d'un conjoint couvre l'hypothèque, l'épicerie et le reste, celle de l'autre est libre d'être investie à son nom — son argent, ses revenus, son taux plus bas, aucune attribution. Ça ne coûte rien et n'exige aucune paperasse; il suffit de décider de quel compte sortent les factures.
- Partager les rentes de retraite du RPC. Une fois que les deux conjoints ont 60 ans et reçoivent leur rente, la portion gagnée pendant la vie commune peut être attribuée entre eux. C'est une demande à Service Canada, pas une ligne dans une déclaration.
- Envisager un prêt au taux prescrit pour un portefeuille non enregistré important : prêter au conjoint au revenu modeste au taux prescrit, lui faire payer réellement les intérêts au plus tard le trente janvier de chaque année, et la croissance au-delà de ce taux est imposée entre ses mains. Ça fonctionne, c'est exigeant en documentation, et le taux est figé pour la durée du prêt à celui en vigueur au moment où il est consenti.
Avant de vous engager dans quoi que ce soit, passez vos propres chiffres dans la calculatrice de fractionnement du revenu pour voir ce que le ménage économise vraiment, vérifiez le taux marginal auquel chaque conjoint déduit et retire, et servez-vous de la projection REER pour estimer la taille que prendra le régime au nom de votre conjoint. L'arithmétique est simple. Ce qui demande de la discipline, c'est de commencer trois décennies avant que ça rapporte.
Questions fréquentes
Quels droits de cotisation un REER de conjoint utilise-t-il?
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Ceux du cotisant. Verser dans un régime de conjoint gruge les droits du conjoint le mieux payé et n'en crée aucun pour le rentier, alors le total des droits du ménage reste identique. Ce qui change, c'est le nom sur le régime, donc la déclaration où atterrira le retrait.
Puis-je cotiser après 71 ans?
+
Oui, si votre conjoint est plus jeune et qu'il vous reste des droits. Les cotisations à un régime de conjoint sont permises jusqu'à la fin de l'année où le rentier atteint 71 ans, pas le cotisant. Un retraité avec des droits reportés peut donc continuer à déduire longtemps.
Que se passe-t-il si mon conjoint retire trop tôt?
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Le retrait vous est réattribué et imposé dans votre déclaration, jusqu'à concurrence de ce que vous avez versé dans un régime de conjoint cette année-là ou les deux années civiles précédentes. Le surplus reste imposé à votre conjoint. Rien n'est perdu : l'horloge doit simplement recommencer.
Le fractionnement du revenu de pension rend-il le REER de conjoint inutile?
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Seulement en partie. Le fractionnement vise le revenu de pension admissible, ce qui exclut entièrement les retraits d'un REER et exclut les versements d'un FERR tant que le bénéficiaire n'a pas 65 ans. Pour un ménage qui décaisse dans la cinquantaine, il n'y a rien à fractionner.
Faut-il séparer le régime de conjoint du REER personnel?
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Oui. Tout retrait d'un régime ayant déjà reçu des cotisations de conjoint est soumis au test d'attribution, alors les combiner impose à votre conjoint un délai d'attente sur ses propres cotisations. Gardez deux comptes distincts dès la première cotisation.
Un REER de conjoint est-il réversible?
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Pas vraiment. Le rentier détient le régime en propre : les placements, la désignation de bénéficiaire et la décision de retirer lui appartiennent, et le cotisant n'a aucun recours au-delà du droit de la famille. Traitez le transfert comme définitif, parce qu'en pratique il l'est.